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L’art du Kintsugi : réparer sans effacer, et changer de regard sur ce qui a été vécu

  • Photo du rédacteur: Estelle POTIER
    Estelle POTIER
  • il y a 3 jours
  • 4 min de lecture




Le Kintsugi est un art japonais ancestral qui consiste à réparer un objet cassé en soulignant ses lignes de faille avec de la véritable poudre d’or, plutôt qu’en cherchant à les masquer.




Comme l'écrit Céline SANTINI dans Kintsugi, l’art de la résilience :

« 𝘓𝘦 𝘒𝘪𝘯𝘵𝘴𝘶𝘨𝘪 𝘦𝘴𝘵 𝘶𝘯 𝘢𝘳𝘵 𝘫𝘢𝘱𝘰𝘯𝘢𝘪𝘴 𝘢𝘯𝘤𝘦𝘴𝘵𝘳𝘢𝘭 𝘲𝘶𝘪 𝘪𝘯𝘷𝘪𝘵𝘦 𝘢̀ 𝘳𝘦́𝘱𝘢𝘳𝘦𝘳 𝘶𝘯 𝘰𝘣𝘫𝘦𝘵 𝘤𝘢𝘴𝘴𝘦́ 𝘦𝘯 𝘴𝘰𝘶𝘭𝘪𝘨𝘯𝘢𝘯𝘵 𝘴𝘦𝘴 𝘤𝘪𝘤𝘢𝘵𝘳𝘪𝘤𝘦𝘴 𝘥𝘦 𝘱𝘰𝘶𝘥𝘳𝘦 𝘥’𝘰𝘳 ».

Au-delà de la technique, c’est aussi une philosophie qui invite à porter un autre regard sur nos expériences, nos épreuves et nos vulnérabilités.

 

Ce que le Kintsugi m'inspire dans mes accompagnements


Dans mes accompagnements en coaching, je rencontre régulièrement des personnes qui restent profondément liées à certaines situations passées. C'est parfaitement compréhensible, notamment lorsqu'elles n'ont pas encore pu les intégrer pleinement.


Ces situations peuvent relever de leur champ professionnel ou personnel : un échec, une décision regrettée, une relation difficile, un changement subi, un projet qui n'a pas abouti…


Comme si ces expériences faisaient pleinement partie de leur identité aujourd’hui.


Peu à peu, l'événement cesse d'être une expérience vécue et devient une manière de se définir.

“J’ai échoué” devient “je suis quelqu’un qui échoue".

"Ça n'a pas fonctionné" devient “je ne suis pas capable”.

"J'ai vécu cette difficulté" devient parfois "je serai toujours cette personne-là".


Ce glissement est souvent discret. Pourtant, il fige. Il enferme dans une lecture réductrice de soi, nourrit les croyances limitantes et peut renforcer certains mécanismes d'auto-sabotage qui empêchent d'avancer ou d'aller au bout de ses projets.

Il coûte de l'énergie, de la confiance en soi et de l'estime de soi.


Le Kintsugi propose un déplacement de regard particulièrement intéressant



Il ne cherche pas à masquer la blessure. Il ne cherche pas non plus à revenir à l’état initial.

Il rend visible.

Il révèle.

Il transforme le regard porté sur la cassure.

L'objet n'est plus le même. Son histoire fait désormais partie de lui, sans pour autant le diminuer.


Il en est souvent de même pour nous.

Ce n'est pas la situation qui change. C'est la représentation que nous en avons.

Et c'est souvent là que quelque chose peut commencer à bouger.

Nos expériences font partie de notre histoire, mais elles ne racontent jamais toute notre identité.


Transformer les épreuves en ressources


Cette approche fait écho à la pensée créative développée notamment par Hubert Jaoui.


Elle invite à sortir d'une lecture figée d'une situation pour envisager d'autres perspectives. Non pas pour nier ce qui s'est passé ou chercher à voir le positif à tout prix, mais pour se demander :

Qu'est-ce que cette expérience m'a appris ? Qu'a-t-elle révélé ? Quelles ressources ai-je développées en la traversant ?


Hubert Jaoui évoque notamment la capacité à « transformer des pépins en butins » : reconnaître que certaines situations difficiles, même si nous ne les aurions jamais choisies, peuvent devenir des sources d'apprentissage, de prise de conscience ou de développement.

Cette démarche permet progressivement de desserrer l'emprise de certaines croyances limitantes et de renouer avec son pouvoir d'agir.

Elle nourrit également le sentiment d'efficacité personnelle, développé par le psychologue Albert Bandura : la conviction que nous sommes capables d'apprendre, de nous adapter et de faire face aux situations que nous rencontrons.


Une réalité également présente dans le monde professionnel


Cette question est tout aussi présente dans le monde professionnel.

Dans les parcours d'entrepreneurs, de dirigeants, de managers ou de salariés, les moments de fragilité existent aussi :

  • une stratégie qui ne produit pas les résultats attendus

  • un projet qui échoue

  • une réorganisation difficile

  • des décisions qu'il faut revoir

  • parfois même la fermeture d'une entreprise


Ces situations peuvent être vécues comme des échecs définitifs et venir toucher profondément l'identité professionnelle.

Pourtant, elles font partie du chemin.

Dans le sport de haut niveau, l'échec est intégré comme une composante normale de la progression. Dans le monde professionnel, il est souvent plus difficile à accepter parce qu'il est facilement associé à la valeur de la personne.

Et pourtant, ce sont fréquemment ces moments qui permettent de clarifier un positionnement, de réajuster une stratégie, de développer de nouvelles compétences ou de faire évoluer une organisation.

Non pas malgré ce qui s'est passé, mais aussi grâce à ce qui a été traversé.


Une question de posture


Au fond, le Kintsugi nous renvoie à quelques questions essentielles :

Quelle lecture est-ce que je fais de ce que j'ai vécu ?

Est-ce que cette expérience me définit ou fait-elle partie de mon parcours ?

Quelle place ai-je envie de lui donner aujourd'hui ?

Il ne s'agit ni de minimiser la difficulté ni de transformer artificiellement une épreuve en réussite.


Il s'agit plutôt de reconnaître que nos fissures, nos épreuves et nos vulnérabilités racontent une histoire. Elles témoignent de ce qui a été traversé, appris et parfois dépassé.

Le Kintsugi nous rappelle qu'il est possible de reconnaître ces marques sans les effacer, de les intégrer sans s'y réduire, et parfois même d'y découvrir de nouvelles ressources pour avancer.


Les entreprises, comme les individus, portent les traces de leur histoire. Certaines ruptures les fragilisent, d'autres les transforment. Le Kintsugi nous rappelle qu'une organisation peut reconnaître ses difficultés, apprendre de ce qu'elle a traversé et s'appuyer sur ces expériences pour évoluer et construire la suite.

 


J'anime ponctuellement des ateliers de découverte autour du Kintsugi. À travers une approche symbolique et créative, ces temps d'expérimentation et d'échange invitent chacun à porter un nouveau regard sur son parcours, ses épreuves et ses ressources.


Au programme :

  • découverte de la philosophie du Kintsugi ;

  • initiation à la reconstruction d'un objet en céramique selon l'art du Kintsugi ;

  • temps d'échanges autour du changement, des situations traversées et de la manière dont chacun se positionne face à son histoire et à ses expériences.

Pensez à apporter un petit objet en céramique préalablement cassé (bol, tasse ou assiette).


Les prochaines dates sont communiquées ponctuellement. Vous pouvez me contacter ou vous inscrire pour être informé(e) des prochaines sessions.

 
 
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